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09 février 2006
Sémacarte et sens de "formaliser"
Laurent, un collègue de travail que j'apprécie beaucoup, a mis en équivalence ma propension (presqu'une frénésie !) à tout vouloir modéliser avec des sémacartes (il faudra que je publie une photo des murs de mon bureau -- à la maison ce serait pire si j'étais le seul à décider de l'état des murs) avec une envie à tout vouloir formaliser ou plutôt avec un plaisir à formaliser.
Cela m'a fait un peu tiquer. Pourquoi ?
En fait, je crois que je n'aime pas trop ce mot "formaliser".
Sans doute à cause des connotations de rigidité et d'austérité, ou d'absence de plaisir et d'intelligence que je lui associe.
J'ai des souvenirs de logique formelle, logique des prédicats et autres monstres austères que je n'ai pas du tout envie d'associer aux sémacartes et au processus de modélisation qui en permet la génèse.
Pour moi la sémacarte est l'antithèse de la rigidité et de l'austérité. C'est de la pâte à modeler, quelque chose qui vit, quelque chose en évolution constante, et surtout du plaisir ! C'est quelque chose qui permet de s'imprégner d'idées complexes, de se les approprier, de les faire vivre et grandir, de les échanger. Une plongée en apnée dans le monde des concepts de son propre cerveau.
Donc associer cela à un froid processus de formalisation ne me plait pas. Mais bon, ceci n'est que ma propre perception.
De plus, je crois que "forme" est trop présent dans ce mot "formaliser". La sémacarte est un mélange de fond et de forme, là où l'acte de formaliser se préoccuppe surtout de la forme et du formalisme.
Je souhaite au contraire que la proccupation du formalisme ne soit pas omniprésente mais qu'elle reste essentiellement un moyen souple au service de celui qui construit une sémacarte...
Voilà, le débat est ouvert :-)
22:55 Publié dans cogitations , sémacartes (ontologie) | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : sémacarte, concept map, uml, idée, complexe
Commentaires
Bonjour Xtof,
Entre la logique formelle, et les sémacartes, je trouve que la modélisation objet (informatique) a particulièrement sa place. Connais-tu cette approche ?
On y retrouve des concept comme la composition, l'héritage, et... les schémas ressemblant aux sémacartes.
Ecrit par : Spinodo - Charles Mougel | 13 mars 2006
En effet, les sémacartes sont des héritiaires de la modélisation objet et de la richesse d'un langage comme UML). La description faite dans la note "Ontologie des sémacartes" précise d'ailleurs ce point.
Je construit mes sémacartes à l'aide d'un outil, a priori destiné aux developpeurs en informatique, qui permet de dessiner des diagrammes de classes issus en droite ligne du paradigme de programmation objet.
D'un autre côté, on constate également des similitudes avec les approches dites de "Concept mapping" dont j'ai également communiqué certains éléments dans mes notes. Le problème des concept maps est qu'elles utilisent en général une notation et un langage doté d'une sémantique pauvre, ce qui limite, d'après moi, leur intérêt et usage.
Si on regarde plus en détail, les sémacartes diffèrent des diagrammes de classe de la programmation objet sur plus d'un point.
Par exemple, les sémacartes ne manipulent pas des classes, sortes de moules à fabriquer des objets (appelés instances de classe), mais sont volontairement destinées à représenter des concepts, idées et connaissances.
Pour la méthode, c'est la "distinction-conjonction" chère à Edgar Morin et les "règles" de la pensée complexe et de la systémique qui s'appliquent.
En terme d'usage, il ne s'agit pas de générer des logiciels, mais il s'agit de construire, de s'approprier, de faire vivre et évoluer et de transmettre des idées complexes, comme celle de "mème" par exemple.
Enfin, en terme d'évolution, les sémacartes ont commencé à suivre leur propre chemin avec des réflexions sur l'usage des couleurs et ce n'est qu'un début.
Il s'agit donc bien de mettre à disposition d'une communauté, qui n'est pas celle des développeurs, un nouvel outil, lui-même évolutif, permettant des échanges plus riches et constructifs, du moins tel est mon rêve :-) D'où le terme fédérateur de sémacarte.
Je crois par ailleurs que vous contribuez régulièrement à la liste mémétique. Que pensez-vous de la sémacarte du "modèle possible d'un mème" en terme d'expression et d'intelligibilité ?
En tout cas merci pour ce commentaire. Je suis tout disposé continuer la discussion.
Ecrit par : Christophe Hoffstetter | 13 mars 2006
Effectivement, je suis un membre de la sfm, et je participe un peu à sa vie.
Merci pour ce (long) commentaire. J'ai effectivement trouvé les origines UML des sémacartes, en parcourant plus en profondeur votre blog.
Je n'ai pas de commentaire intéressant, sur la définition du mème, car personnellement, je préfère mettre cette notion de coté. Je considère en effet que la mémétique est peut-être dans le même état que la génétique d'il y a un siècle : le gène n'avait pas sa définition actuelle "séquence d'adn". La découverte restait à faire, et cela n'empêchait pas de faire de la génétique.
Pour ma part, je travaille plus actuellement avec le concept de solution, tel que défini par Pascal Jouxtel : une créature mémétique.
Ce que je trouve intéressant, dans les sémacartes, c'est que cela pourrait être un départ pour représenter ces solutions. Je n'ai pas encore approfondi, mais voilà ce que je vois rapidement, en portant des objets :
"Espèce" de Solutions : classes
Solution instanciée : objet instancié.
Mèmes : Propriétés.
Mutations : variations des valeurs pour les propriétés de l'objet (et/ou ajout/suppression de propriétés).
Evidement, cela mérite d'être travaillé, en incluant les notions systémiques, si possible pour montrer les échanges entre solutions, terrains humains, et les lieux par exemple.
En ce qui concerne la richesse des échanges, je suis bien d'accord pour dire qu'une bonne représentation, permet une fois comprise, de communiquer plus efficacement.
Un point qui me semble intéressant : si les sémacartes peuvent être manipulées par des non informaticiens, il est possible d'imaginer un programme capable de manipuler et de "comprendre" ces sémacartes, une fois dessinées.
Ecrit par : Spinodo - Charles Mougel | 14 mars 2006
Très content de pouvoir poursuivre cette conversation avec vous.
Le concept de solution et de "créature mémétique" me semble intéressant et en même temps étranger. En tout cas, je ne l'ai pas vu (ou su le voir) transparaitre dans les discussions récentes de la liste mémétique par exemple. Ou peut-être s'agit-il de cette notion de méméplexe que je n'ai pas bien comprise. Je me considère encore comme un néophyte de la mémétique.
Ou puis-je éventuellement découvrir/approfondir les notions que vous évoquez. Je suis tout à fait disposer à démarrer un travail de représentation. Les liens entre solution, espèce, mème et mutation me paraissent déjà fort intéressants à explorer, relier et représenter sous forme d'une sémacarte mais il faudrait soit me diriger vers des lectures, soit que vous en tant qu'expert fassiez un bout de chemin avec moi.
Enfin, concernant la manipulation par des non-informaticiens, il est en effet tout à fait possible d'imaginer un programme capable de comprendre les sémacarte et de leur donner d'autres usages et représentations. Le langage de description des sémacartes est XMI, un langage ouvert et "plein texte" comme XML. J'ai d'ailleurs déjà évoqué ce sujet avec un ami développeur en imaginant une navigation 3D et "métaphorique" dans les sémacartes avec un logiciel dédié...
Ecrit par : Christophe Hoffstetter | 14 mars 2006










